Page:Filion - À deux, 1937.djvu/119

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 117 —

saurait triompher, elle se lève, entoure de ses bras le corps décharné de la pauvre femme, et la presse éperdument sur son cœur ;

— Vous continuerez à un autre moment, j’ai pitié de vous malgré mon grand désir de savoir.

Consultant sa montre :

— Devinez l’heure, maman.

Celle-ci dodelinait de la tête encore emportée par le flot tumultueux de ses souvenirs, tous plus tristes les uns que les autres, aussi peu réjouissants que la cruelle réalité à laquelle, elle se heurtait en les délaissant.

— Demain, sais-tu, si j’aurai le courage de terminer mon récit. C’est bien cruel ce qui me reste à dire.

— Si fait, maman, vous me raconterez le reste de votre vie demain. Je la soupçonne tout aussi difficile que ce que j’en sais déjà. Quand je songe, ajouta-t-elle que vous n’avez que quarante ans. Vous pourriez encore être relativement jeune si vous n’aviez pas tant souffert.

De nouveau, elle enlaça sa mère et l’obligea à se mettre debout.

— Vous devez être à demi-morte, d’être restée si longtemps dans la même position. Et d’avoir parlé si, si longtemps. Il est deux heures du matin.

— Deux heures… répéta la pauvre mère.

Comme cette incursion dans son passé avait fait couler rapidement les instants, qui s’étaient éternisés jusqu’à risquer de lui faire perdre la raison, depuis cette demi-journée où, impatiente, elle avait