Page:Filion - À deux, 1937.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 118 —

attendu Laure, Laure qui ne rentrait plus, Laure qui une fois arrivée ne voulut pas entendre raison. Depuis ces quelques heures au moins, Laure était bien sa fille, Laure avait cru, Laure l’aimait pour tout le dévouement qu’elle lui avait prodigué à distance, mais qu’elle lui avait prodigué sans jamais compter ni ses larmes ni ses soucis. Elle se défendait de penser au lendemain, dans la crainte de perdre cet amour si chèrement acheté, qui venait d’éclore, et qui pouvait sombrer au récit de la dernière étape.

Celle-ci était heureuse. Elle se disait que sa mère s’opposait à son mariage par simple toquade, comme elle avait refusé de donner l’enfant à son père, afin de jouir, ne fût-ce que quelques mois encore de cette Laure qui avait été son unique passion et dont le destin l’avait si longtemps séparée. Elles s’endormirent tendrement enlacées. Le matin les trouva réunies. Leur souffle se mêlait. Laure éveillée la première, ne voulut faire aucun mouvement afin de ne pas interrompre le sommeil de sa mère. Elle sentit des larmes jaillir de ses yeux, à constater les rides qui déjà sillonnaient cette figure relativement jeune et qui avait dû être très jolie. Fallait-il qu’elle eût souffert ?… La maman en s’éveillant aperçut sa fille qui tamponnait ses yeux :

— Pourquoi pleures-tu ? ma petite.

— Je souffre à la pensée des tourments que vous avez endurés, voyez ce qu’ils ont fait de ma mère qui devrait être jeune et jolie.