Page:Filion - À deux, 1937.djvu/121

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— Pour souffrir davantage. Ne regrette rien, chérie, ce que Dieu fait est bien fait. Moi, je ne compte plus ; mais toi, toi, je te veux heureuse.

Il était tard, elles s’attardèrent à ranger dans la chambre minuscule et ne se rendirent au restaurant qu’à l’heure du dîner. Elles n’étaient pas de celles que l’émotion creuse, car elles ne firent pas honneur aux mets posés sur leurs assiettes. Elles étaient trop préoccupées : l’une par les confidences qu’elle devait terminer, l’autre de tout ce qu’elle avait appris depuis la veille, et songeant malgré elle avec curiosité, mais sans angoisse, à ce qu’elle allait apprendre de nouveau.

Elles revinrent lentement, il faisait un temps doux, un ciel bas précurseur d’orage. Le vent ne soufflait pas avec une force régulière, mais il s’engouffrait en rafales dans les rues, soulevant des nuages de poussière. Elles ne furent pas plutôt entrées que la pluie se mit à s’abattre sur la terre en véritables trombes. Appuyée à la vitre, Laure regardait l’eau courir sur l’asphalte, former de véritables ruisseaux. Les passants se garantissaient, qui, sous un auvent, qui dans la porte d’un magasin, d’autres se sauvaient à toutes jambes. La jeune fille ne semblait plus songer à l’entretien sérieux qu’elles devaient continuer. Ce fut sa mère qui la première attaqua ce sujet :

— Dans quelques minutes je te ferai connaître le reste de ma vie. C’est la partie pendant laquelle j’ai été le plus malheureuse ; sois patiente, sois si-