Page:Filion - À deux, 1937.djvu/123

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ce qu’il y a dans la loi, ils ne savent ce que ressent une mère à l’idée de perdre son enfant. Tout d’abord, ils me conseillaient de rendre de plein gré l’enfant à son père. N’en avais-je pas assez de tous les sacrifices que cette enfant avait représentés pour moi depuis sa naissance ? Je n’étais pas venue pour discuter de mes sacrifices, indignée, je leur demandai : « Ai-je le droit, oui ou non, de garder ma petite fille ? »

Mais oui, mais oui, madame, vous êtes dans votre droit. Vous tenez une conduite rangée, vous avez jusqu’à ce jour donné à votre enfant tout ce dont elle avait besoin, il n’y a aucune raison pour que vous n’ayez pas gain de cause.

« Alors, ont commencé ces procédures en cour. Je ne te raconterai pas tout ce que j’ai souffert de cette exhibition de notre vie conjugale aux yeux moqueurs, indifférents ou insultant de cette foule. Je ne saurais t’exprimer ce que je ressentis quand, après plusieurs années de séparation, je me retrouvai en face de cet homme que j’avais passionnément aimé, je croyais qu’il ne restait plus dans mon cœur à son égard que de la haine, je m’étais trompée, je compris que je l’aimais encore. Il avait vieilli, moins que moi. Il portait encore haut le front, quelques fils blancs se mêlaient à sa chevelure blonde et frisée, mes cheveux étaient déjà tout blancs. Il me regarda avec surprise, voire même avec pitié. Malgré moi, il y avait encore dans mon regard, de l’admiration pour cet homme par lequel j’avais tant souffert.