Page:Filion - À deux, 1937.djvu/124

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Le public m’était sympathique. Ma cause fut habilement plaidée par mon avocat. Je ne puis te dire quel article de la loi fut invoqué. Mais je crus défaillir de joie quand le juge rendit le jugement et que je compris qu’il ne pouvait plus rien contre moi et mon enfant. Quand toutes ces procédures furent terminées de l’avis de l’homme de loi, je partis avec toi pour Montréal et te plaçai dans cette communauté, où tu es restée jusqu’à l’été dernier, tu venais d’avoir tes quatre ans. Que n’ai-je suivi le conseil des dames religieuses ! Que ne t’ai-je laissée là jusqu’à ta majorité !

Le silence tomba entre elles, coupé seulement par le grésillement de la pluie contre les vitres. Laure dut se rendre à l’évidence sa mère avait fini. Elle se disait qu’elle raconterait le tout à Alexandre et que tous deux réunis, ils finiraient par avoir raison des scrupules de sa mère. Son entêtement ne pourrait résister à leurs supplications. Il manquait pourtant quelque chose à cette confession et Laure dit :

— Cet homme s’appelait ?

— Alexandre Daubourge,

— Le père d’Alexandre, bégaya-t-elle.

— Oui, précisa Madame Lavoise : vous êtes enfant du même père.

Laure ne l’entendait plus. Le coup avait été trop rude, elle n’avait jamais rien imaginé d’aussi terrible. Quand dans son esprit, elle avait réalisé à n’en plus douter qu’il lui faudrait renoncer à Alexan-