Page:Filion - À deux, 1937.djvu/129

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Il annonça à son père, non sans une certaine gêne, cette course qu’il ne pouvait retarder.

— Va, va, Alexandre. Ton devoir avant tout. Quand c’est le temps de faire mon travail des champs, rien ne me peut déranger.

— Vous n’allez pas vous ennuyer en m’attendant.

— Ne t’inquiète pas de moi, va, je saurai me tirer d’affaire. Par exemple je compte que nous aurons toute la soirée pour causer.

— Certainement, père.

Alexandre dégringola joyeusement les escaliers, héla un taxi et arriva tout juste deux minutes en retard à son appointement. Bien qu’il fût un peu préoccupé, de l’entretien qu’il devait avoir avec son père et qu’il pressentait sérieux, il déploya toute son intelligence à combiner la vente qu’il avait proposée. Par habitude, il s’était fait une loi de faire taire ses préoccupations intimes, devant la nécessité de son gagne-pain, aujourd’hui il s’en trouvait bien. Par orgueil, pour arriver et dire à son père : « C’est ainsi, j’ai vendu pour tant de dollars, ce n’est pas plus long que cela de gagner de l’argent. » S’il eût été nécessaire, ce jour, il se serait surpassé. Il plaça la commande signée dans la poche de son veston et reprit, le cœur plein d’espérances le chemin de sa chambre.

Il trouva son père à faire l’inventaire de ses échantillons, il aurait pu retourner les tiroirs sans l’émouvoir, il n’avait rien à cacher.

Il se disposait à enlever son paletot :