Page:Filion - À deux, 1937.djvu/133

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— Vous ne savez pas comme elle est belle ! Si vous la voyiez ?…

— Non, mais enfin, dans une si grande ville, elle ne doit pas être la seule jolie fille.

— Non, mais concédez père qu’il en est auxquelles Alexandre Daubourge ne doit pas rêver.

— Je ne vois pas quelle femme ne serait pas flattée d’être l’épouse d’un si beau garçon, rangé, honnête, en mesure de la faire vivre.

— Il y a les rangs, les classes sociales.

— Même en admettant ces distinctions, il en reste des quantités d’autres.

— C’est possible, je ne discute pas ce point, c’est inutile. Mais que voulez-vous, c’est elle qui m’a plu sans le savoir, nous avons les mêmes origines terriennes, un même atavisme ; à notre insu, ils ont tissé autour de nous un réseau qui fait que nous nous sommes sentis réciproquement attirés, et peu de temps après liés.

Tu ne pouvais dire mieux :

Quelque chose qui vous lie et qui vous sépare sans merci.

Il fit une pause et regarda son fils avec tendresse avant de lui porter le coup de grâce : il avait été jeune, il avait aimé, il pressentait tout ce que son fils allait souffrir.

— Alexandre, Laure Lavoise est ta sœur.

Le jeune homme s’est levé d’un bond, très pâle, il s’est dressé devant son père.

— Vous allez toujours bien m’expliquer, dit-il d’une voix rauque.