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Marie dormait d’un sommeil profond et paisible, je respectai son repos, et la rejoignis sans bruit. Comme elle était confiante, comme elle était loin de prévoir l’orage qui s’amoncelait lentement au-dessus de sa tête. Le lendemain, je me rendis au village, je consultai, afin de m’assurer que l’église et l’état ne pourraient rien contre ma décision. Quand j’eus la certitude que mon espérance pouvait facilement se changer en réalité, je commençai à élaborer des plans, la nuit surtout je formais des projets, prévenir Marie me paraissait chose facile, j’étais dans mon droit. Le jour en se levant, jetait une clarté trop vive sur le côté défavorable de la question. Quand je pénétrais dans la maison ; que j’y voyais régner l’ordre et la propreté, que je retrouvais Marie toujours aussi aimante qu’aux premiers mois de notre union, moins expansive peut-être, mais c’était ma faute, je différais jour après jour de lui porter le coup fatal.

Le matin où je lui annonçai cette terrible nouvelle, j’ai craint une minute l’avoir tuée du coup. Je la soignai de mon mieux, je songeais à l’enfant. Je la laissai seule, pensant qu’elle retrouverait plus facilement ses esprits dans la solitude. Quand je revins à la maison, c’était avec l’idée de faire la paix, de lui demander de devenir ma femme. Toute l’atrocité de ma conduite m’était apparue à la vue de cette femme évanouie, j’avais compris tout ce qu’il y avait de déloyal à remettre dans le chemin, cette femme qui avait été ma femme, de l’abandonner de la sorte, quand il n’y avait aucun tort