Page:Filion - À deux, 1937.djvu/164

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bien ce qu’il en coûte, ma première expérience a été assez dure pour me mettre sur mes gardes Qui vous dit que demain je n’aimerai pas mon cousin, sans le savoir. J’ai exposé ces arguments à Monsieur le Curé, il est de mon avis. Une bonne chrétienne comme vous ne peut refuser le pardon et l’oubli des offenses.

— Petite fille, laisse-moi quelques jours pour réfléchir.

Laure avait enlevé son chapeau, rangé son manteau dans la garde-robe. Elles s’assirent toutes deux sans lumière près de la fenêtre. Au ciel une pleine lune éclairait, tandis que des étoiles nombreuses mettaient des points d’or au vélum bleu du firmament. Elles restaient silencieuses parce que nulle parole n’eût pu traduire la grandeur du sentiment qu’elles ressentaient en cette minute.

En s’éloignant Marie Lavoise dit :

— Si je t’avais toujours ainsi près de moi, je serais encore capable d’être heureuse.

Laure ne dissimula pas les larmes qui sillonnaient ses joues. Elles étaient si douces, elles lui venaient de son bonheur.

Elles vécurent pendant une semaine des heures d’indicible félicité. Laure se décida enfin à renouveler sa demande, le temps commençait à presser, elle devrait repartir.

Marie Lavoise céda, mais elle avait le cœur déchiré.

— Il n’a pas réussi à te circonvenir à Montréal, mais chez lui, dans l’ambiance d’un nouveau milieu plus fortuné que le mien, tu m’oublieras.