Page:Filion - À deux, 1937.djvu/18

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Elle sentit une telle souffrance l’étreindre à l’énoncé de ces simples mots, qu’elle garda le silence afin de ne pas trahir sa peine. À quoi bon ?… Il avait des yeux pour ne pas voir. Et son cœur lui était fermé.

Alexandre avait demandé une robe blanche, comme il en aurait demandé une noire. Ce qu’il désirait, c’était de voir Lucille bien mise, de pouvoir la comparer à l’autre avec avantage. Il n’avait pas pensé ; elle non plus, que blonde, mais très pâle, le blanc ne la mettrait pas en valeur.

Bien que la jeune fille se fut efforcée de répondre sur un ton très naturel, il eut conscience par l’insistance qu’elle mettait à détourner les yeux dans la direction des passants, par le silence subit qui était tombé entre eux, de la blessure qu’il venait de lui infliger bien gratuitement. Il se mordit les lèvres, mécontent d’avoir fait souffrir sa jeune amie. Pouvait-il lui expliquer quelle raison l’avait amené à lui demander une toilette blanche ? Non autrefois c’eût été possible, pas aujourd’hui. Il réfléchit. Je l’ai obligée à faire un déboursé qu’elle n’avait pas prévu, je l’ai égoïstement condamnée à une plus grande somme de travail, elle méritait au moins un compliment sur sa toilette, il eut valu pour elle, plus que tous les efforts dépensés à me satisfaire. Au lieu de cela, je l’ai blessée. Quelle femme sera jamais indifférente à un tel reproche ? Surtout s’il sort de la bouche de celui qu’elle aime. Aussitôt, il voulut réparer sa maladresse. Il l’arrê-