Page:Filion - À deux, 1937.djvu/37

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 35 —

mais à quémander la pitié de la consolation. J’ai l’espérance qu’avant longtemps, nous serons fiancés.

Lucille sentait ses jambes flageolantes, heureusement elle était assise. Elle maîtrisa son émotion avant de dire :

— Je n’ose te demander de me la présenter. Elle pourrait trouver cette démarche déplacée, puis elle dédaignerait ma chétive personne.

— Oh non, Lucille, tu te trompes, tu ne connais pas Laure et son bon cœur. Elle serait heureuse de te connaître, elle serait gentille avec toi, n’en doute pas.

De nouveau il se mit à chanter les louanges de l’absente.

Lucille écoutait, ou plutôt non ; elle ne voulait plus entendre, elle avait trop mal. Son cœur n’était plus qu’une loque dans sa poitrine. Mais pourquoi ? pourquoi ? Alexandre était-il si inhumain ? Ne lui avait-elle pas avoué qu’elle l’aimait ? Sans la voir, sans comprendre, il allait toujours, sans songer qu’il faisait souffrir atrocement. Pour faire taire ses remords, il s’était persuadé peu à peu que Lucille devait être guérie ; l’autre soir, elle a pleuré, se rappelait-il, mais c’était l’effet de la surprise. Ce soir, elle semble si indifférente, et pour se consoler de n’être pas avec Laure, il en parlait jusqu’à être cruel. Et Lucille était une personne si sage, si réservée, elle n’avait certainement pour lui qu’un amour tout platonique ; en cela surtout il se trompait. Lucille Prévoust était de celles qui n’ex-