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Si Lucille eut été dissimulée dans quelque coin, elle aurait pu leur chanter :

« Ah ! mon Dieu, ce qu’on est bête quand on est amoureux, »

« Elle n’était ni blonde ni brune, elle n’avait pas de cheveux. »

Laure ignorait ce refrain et pour cause, élevée dans un couvent, que pouvait-elle savoir des saveurs des vieilles chansons, des vieilles mœurs, des vieilles gens de chez nous ?

Alexandre l’avait peut-être entendu chanter, une fois ou l’autre dans son enfance, au cours des réunions de famille, par une vieille tante au chef branlant. Pour le moment il ne songeait qu’à Laure.

Pendant ce repas, Laure et Alexandre rirent beaucoup plus qu’ils ne mangèrent. Pourquoi tout leur semblait-il si drôle ? Pourquoi étaient-ils si gais sans cause ?

Lui, était loin de sa famille, elle Laure, n’avait pas reçu une lettre de sa mère, puisqu’elle ne savait pas écrire, la pauvre femme. Ils étaient heureux, débordants de joie, parce qu’ils se suffisaient à eux-mêmes. Elle et lui, lui et elle, que pouvaient-ils demander de mieux ? C’était leur univers.

Alexandre prit occasion de la belle humeur de Laure, de la grandeur de la solennité du jour pour demander à la jeune fille de devenir sa femme.

Ils marchaient depuis quelques minutes en silence, Alexandre se penchant vers sa compagne eut l’audace de dire :