Page:Filion - À deux, 1937.djvu/52

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quette, comme elle ne savait au juste dire, mais qu’elle avait tout de suite pressenti. Cette beauté remarquable placée à quelques pas de la porte d’entrée, c’était une réclame pour la maison d’affaires. Combien d’hommes et combien de femmes aussi, ayant entendu parler de cette beauté, entraient pour la voir et effectuaient un achat plus ou moins important. Dans quelques semaines, quelques mois au plus, elle serait remplacée par une autre, et elle en serait bien aise. Comme ce métier de sourire aux gens les plus insipides est quelque fois lourd à remplir.

Elle était si absorbée dans ses pensées riantes, qu’en se dirigeant vers l’« Ave Maria », comme elle longeait la rue Saint-Hubert entre Ontario et De Montigny, elle croisa Lucille Prévoust et elle ne l’aurait pas vue, si l’autre, s’amusant de sa distraction, ne l’avait interpellée :

— Bonjour Mademoiselle Laure.

Et Laure avait souri, d’un sourire de tout son visage épanoui, un sourire de ses yeux bleus, et elle avait répondu :

— Bonjour, ma petite Lucille.

Lucille ne pensa même pas à se formaliser de cette expression protectrice, ma petite Lucille. N’était-elle pas réellement une enfant, comparée à la belle et majestueuse Laure ? Elle ne souffrait plus autant non plus, de se savoir à jamais séparée d’Alexandre. Quel sentiment resterait-il pour elle dans le cœur du jeune homme, si par extraordinaire, la belle Laure l’abandonnait ? Rien, moins que rien.