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solide de la réalité et ne redevienne un peu d’eau. Alors ce serait la reprise de la vie monotone et sans horizon.

Pour se rassurer encore davantage, bien qu’elle sut cette demande oiseuse, elle questionna :

— Vous n’avez rien reçu de vos parents.

— Vous êtes bien pressée, Laure, ma lettre vient de partir. Puis, je sens combien vous êtes enfant, vous craignez pour notre bonheur. Il est bien à nous, nul ne peut le toucher. Que peut importer à mes parents que vous vous appeliez Laure ? Louise ? ou enfin… n’importe quel nom. S’ils avaient eu des objections à poser, il les auraient formulées avant, maintenant il serait trop tard.

Délivrée de l’obsession de la crainte, Laure se laissa emporter par le courant joyeux que suivait en ce moment le cours de sa vie. Comme des collégiens en congé, ils s’amusèrent tout l’après-midi.

Il faisait un soleil radieux. Toutes les femmes chics de la métropole arboraient une toilette neuve, pimpante. Toutes les couleurs chaudes à l’œil s’étalaient avec un goût exquis ; Laure s’ingéniait à trouver des reparties drôles, à admirer la distinction de certaines toilettes. En prévision de son mariage prochain, elle s’était montrée très raisonnable et portait son tailleur bleu marine de l’automne précédent. Sa jeunesse le parait si bien, qu’elle était sans nul doute encore parmi les plus belles.

Le lendemain, Laure se sentait transportée de joie quand elle pénétra dans le grand magasin à rayons, dont elle achevait d’être la vedette, l’éti-