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restait debout, immobile, comme figée au milieu de la chambre.

À ce moment, le jeune homme sentit un grand sentiment de tristesse l’envahir. Jamais il n’avait constaté aussi cruellement qu’en ce moment la pauvreté de son ameublement. Sans parents, sans amis intimes, il avait vécu seul dans cette chambre d’une simplicité quasi monacale. En y voyant pénétrer celle qu’il aimait, il la désirait toute différente. Il aurait voulu y voir des fleurs, au mur des gravures ; seul, un Christ en ivoire, souvenir de sa première communion, se détachait pâle sur la tapisserie fanée.

Il ferma la porte derrière lui et s’avança vers Laure.

— Retirez votre manteau.

Elle le laissa l’en débarrasser.

— Je souffre Laure, de vous offrir l’hospitalité dans de telles conditions. Il devrait y avoir des fleurs ici, partout, pour cacher le dénûment de mon installation, et faire fête à ma fiancée.

Tout en parlant, il allait et venait dans la pièce.

Il pria la jeune fille de s’asseoir sur le divan tandis que lui, il allait prendre place à l’autre extrémité de la chambre sur la chaise de bois.

Le mot de fiancée dans la bouche du jeune homme avait réveillé toutes les tortures de Laure, tortures et souffrances qu’elle avait oubliées quelques instants, cédant au charme de la nouveauté et de l’étrangeté de tout ce qui lui arrivait.