Page:Filion - À deux, 1937.djvu/69

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 67 —

— Votre fiancée, Alexandre, j’ai besoin de vous l’entendre répéter ce mot, voici ce qui m’a mise dans l’état où vous m’avez trouvée ce matin : « Maman s’objecte à notre mariage. »

Le jeune homme s’était levé d’un seul mouvement brusque.

— Quelle raison a-t-elle donnée ?

Il s’était laissé retomber sur sa chaise en prononçant ces simples mots d’une voix rauque. Elle le sentit tout prêt à la lutte, il se maîtrisait simplement, afin de ne pas la bouleverser plus qu’elle ne l’était déjà. Faudrait-il surmonter des difficultés pour conquérir sa Laure, elle comprit qu’il était disposé à combattre tous les obstacles.

— Aucune, et c’est encore pour cela que vous m’avez retrouvée dans la rue. Devant son obstination à me refuser des renseignements, j’ai eu tous les soupçons possibles sur ma naissance.

Ici Laure, fit une pause et couvrit son visage de ses mains, afin de cacher au jeune homme la confusion qu’elle ressentait.

Elle reprit après une légère pause en tordant ses mains :

— Alexandre, si vous saviez ce que c’est que d’être une étrangère même pour sa mère. Je l’ai bien senti cette nuit, nous étions si près l’une de l’autre, et si loin, puisque nous ne pouvions nous entendre, nous comprendre : et pourtant, maman m’aime, comme je ne sais pas le faire. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Quel souvenir me reste-t-il depuis le premier éveil de mon intelligence ? Qui