Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 1.djvu/261

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geons ni à l’avenir, ni à nous, ni à rien. Penser, c’est le moyen de souffrir. Laissons-nous aller au vent de notre cœur tant qu’il enflera la voile ; qu’il nous pousse comme il lui plaira, et quant aux écueils… ma foi tant pis ! Nous verrons.

Et ce bon X… qu’a-t-il dit de l’envoi ? Nous avons ri hier au soir. C’était tendre pour nous, gai pour lui, bon pour nous trois. J’ai lu, en venant, presque un volume. J’ai été touché à différentes places. Je te causerai de ça plus au long. Tu vois bien que je ne suis pas assez recueilli, la critique me manque tout à fait ce soir. J’ai voulu seulement t’envoyer encore un baiser avant de m’endormir, te dire que je t’aimais. À peine t’ai-je eu quittée, et à mesure que je m’éloignais, ma pensée revolait vers toi. Elle courait plus vite que la fumée de la locomotive qui fuyait derrière nous (il y a du feu dans la comparaison — pardon de la pointe). Allons, un baiser, vite, tu sais comment, de ceux que dit l’Arioste, et encore un, oh, encore ! encore et puis, ensuite, sous ton menton, à cette place que j’aime sur ta peau si douce, sur ta poitrine ou je place mon cœur.

Adieu, adieu.

Tout ce que tu voudras de tendresses.




113. À LA MÊME.

En partie inédite.

Jeudi soir, 11 h. [6 août 1846].


Ta lettre de ce matin est triste, et d’une douleur résignée. Tu m’offres de m’oublier si cela me