Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/155

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·DE GUSTAVE FLAUBERT. _ 149 dée, le Cophte en turban noir, le Persan dans sa _ pelisse de fourrure, le Bédouin du désert, au visage couleur de café, et qui marche ravement, tout enveloppé dans·des couvertures blanches. On se figure en Europe le peuple arabe très _ ` 4 grave; ici il est tres gai, tres artiste dans sa gesti- culation et son ornementation. Les circoncisions ' et les mariages ne semblent être que des prétextes a réjouissances et à musiques. Ce sont ces jours-la ue l’on entend dans les rues le gloussement stri- , dent des Femmes arabes qui, empaquetées de voiles et les coudes écartés, ressemblent, sur leurs ânes, a des pleines lunes noires s’avançant sur je ' ne sais quoi a quatre pattes. L’autorité est si loin du peuple que ce dernier jouit (en paroles) d’une liberté illimitée. Les plus grands écarts de la presse donneraient une idée faible des lacéties que l’on se permet sur les places publiques. Le saltimban- que, ici, touche au sublime du cynisme. Si Boi- leau, qui trouvait que le latin dans les mots brave Vhonnéteté, eût connu l`Arabe, qu’aurait-il dit, _ bon Dieu l Du reste cet Arabe-la n’a besoin · de clrogman pour se faire comprendre; la panto- mime explique la chose. On va jusqu’à prendre les animaux pour les faire participer a d'obseenes rébus. A A Pour qui voit les choses avec quelqueattention, on retrouve encore bien plus qu’on ne trouve. Mille notions que l'0n n’avait en soi qu’a l’état de ' germe, s’agrandissent et se précisent, comme un souvenir renouvelé. Ainsi, des en débarquant à Alexandrie, j’ai vu venir devant moi toute vivante l’anatomie des sculptures égyptiennes : épaules . élevées, torse long, jambes maigres, etc. Les