Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/180

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1 74 · CORRESPONDANCE se remuent, ça claque comme des charrettes. Elles vont, appellent avec des voix traînan tes : « Cawadja, . Cawadja»; leurs dents blanches luisent sous leurs levres rouges et noires; leurs yeux d’étain roulent comme des roues qui tournent. Je me suis pro- mené en ces lieux et repromené, leur donnant a toutes des batchis , me faiisant appeler et raccrocher; · elles me renaient et ras le cor s et- voulaient m’entraînéi· dans leurs maisons...PMets du soleil par la-dessus. Eh bien! fai résisté, expres, par ~ parti pris, afin de garder la mélancolie de ce tableau et faire qu’il restât plus profondément en moi. Aussi je suis parti avec un grand éblouisse- ment et que fai gardé. ll n’y a rien de plus beau A que ces femmes vous appelant. Si j'eusse cédé, une ` autre image serait venue par-dessus celle-la et en aurait atténué la splendeur. Je n’ai pas toujours mené avec moi un «artis- tisme» si stoïque : a Esneh je suis allé chez Ruchioulc-Hânem, courtisane fort célèbre. Quand ' A nous arrivâmes chez elle (il était deux heures de l'apres-midi), elle nous attendait; sa confidente était venue le matin à la can e, escortée d’un mouton familier tout tacheté deâenné jaune, avec _ ` une museliere de velours noir sur le nez et qui la · suivait comme un chien; c’était très farce. Elle sortait du bain. Un rand tarbouch, dont le land éparpillé lui retomhait sur ses larges épaules et qui avait sur son sommet une plaque ·d’or avec une plaque verte, couvrait le haut de sa tête, dont les cheveux sur le front étaient tressés en tresses l minces allant se rattacher a la nuque; le bas du _ corps caché par ses immenses pantalons roses, le · torse tout nu, couvert d'une gaze violette, elle