Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/214

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208 ` CORRESPONDANCE · de chameaux morts de fatigue. Il y a des endroits A ou l’on trouve de grandes plaques de sable dallées; c’est uni et glacé comme l’aire d’une grange : ce sont les lieux où les chameaux s’ar- rétent pour pisser. lfurine, ai la longue, a fini _ ar vernir le sol et légaliser comme un parquet. lllous avions em orté quelques viandes froides. Dès le milieu diu second jour nous avons été `obligés de les jeter. Un gigot de mouton que nous avions laissé sur une pierre a, par son odeur, immédiatement attiré un gypaete qui s’est mis ai voler en rond, tout autour. · Nous rencontrions de randes caravanes de pèlerins qui allaient ai la Nîecque (Kosseir est le port ou ils sembarquent pour Geddam; de la ai la Mecque il n'y a plus que trois jours), de vieux Turcs avec leurs femmes portées dans des pa- niers, un harem tout entier qui voyageait voilé et qui criait, quand nous sommes passes pres de lui, comme un bataillon de pies, un derviche avec une peau de léopard sur le dos. ` Les chameaux des caravanes vont quelquefois ` les uns ai la file des autres, d'autres fois tous de · front. Alors, quand on aperçoit de loin a l’ho- rizon, en raccourci, toutes ces têtes se dandinant qui viennent vers vous, on dirait diune émigration d'autruches qui avance lentement, lentement et se rapproche. A Kosseir nous avons vu des pele- rins du fond de l’Af`rique, de pauvres negres qui sont en marche depuis un an, deux ans. ll y a là de bien singuliers crânes. Nous avons vu aussi des gens de `Bolchara, des Tartares en bonnet U) Diedclah. ,