Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/228

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222 CORRESPONDANCE était trempé, tous les passagers dormaient, moi . seul excepté qui, le lorgnon sur llœil, me guindais pour découvrir quelque chose. Enfin des lumières ai — . ras des flots ont paru; c’était Beyrouth. Nous étions dans la rade, le bateau allait a demi-vapeur. Tout , le monde se taisait; on entendait de dessous l’avant du navire glousser une poule dans la cage aux vo- I lailles, et au haut du mât la lanterne qui crépitait Clans l’humidité de la nuit. Quelque temps aprés j'ai entendu venir du rivage le chant d’un coq, un autre y a répondu, et puis il s'est mélé à ces deux ` voix une autre voix stridente et se répétant d’une façon monotone, comme le chant du grillon. Le capitaine sur la passerelle donnait des commande- ments , la lune venait de se coucher, il faisait beau- coup d’étoiles. Nous avons passé prés d’un navire dont la cabine était éclairée, on a lâché `l’ancre, nous étions arrivés et j'ai été me coucher. Il était ‘ · 3 heures 5 minutes du matin a ma montre. _ Le lendemain, ou plutôt 3 heures a res, —a 6 heures, nous nous sommes embarqués, lïagages et gens-, dans le canot du lazaret. Nous avions avec nous, comme devant être nos compa nons de cap- tivité, deux moines Franciscains, dâvnt l’un s’en . va a lspahan et l’autre a Jérusalem, u-ncapitaine ` Maltais, deux ou trois marchands chrétiens de Syrie, établis a Alexandrie, dont l’un possédait une ` pauvre petite négresse de io a I2 ans. Quand nous sommes arrivés sur le vapeur, nous l’avions vue blottie dans un coin et qui pleurait ai chaudes lar- mes. Elle avait l’air si misérable et si triste que les marins en étaient apitoyés. Joseph, qui connais—· sait son pro riétaire, m’a dit : « Il est de si grandes canailles!·Clés chrétiens de la Syrie! bien pis que ·