Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/243

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 237

sans fatigue ni intermittence? Allons-donc, petiot ! Gueule tout seul dans ta chambre. Regarde-toi dans la glace et releve ta chevelure. Est-ce l’état social du moment qui t'indispose? Cela est bon pour les bourgeois que ça trouble au comptoir; moi aussi, je sens par moment des angoisses d’adolescent. Novembre me revient en tête. Est-ce que je touche a une renaissance, ou serait-ce la décrêpitude qui ressemble à la floraison? Je suis pourtant revenu (non sans mal) du coup affreux que m'a porté Saint Antoine. Je ne me vante point de n'en être pas encore un peu étourdi, mais je n'en suis plus malade comme je l'ai été pendant les quatre premiers mois de mon voyage. Je voyais tout at travers le voile d'ennuis dont cette déception m’avait enveloppé, et je me répétais l'inepte parole que tu m’envoies : « A quoi bon ? »

Il se fait pourtant en moi un progrès [?]. (Tu aimerais peut-être mieux que je causasse voyage, grand air, horizons, ciel bleu ?) Je me sens devenir de jour en jour plus sensible et plus émouvable. Un rien me met la larme a l'œil. Il y a des choses insignifiantes qui me prennent aux entrailles. Je tombe dans des rêveries et des distractions sans fin. Je suis toujours un peu comme si j'avais trop bu; avec ça, de plus en plus inepte et inapte à comprendre ce qu’on m'explique. Puis de grandes rages littéraires. Je me promets des bosses au retour. Voilà.

Tu fais bien de songer au Dictionnaire des idées reçues. Ce livre complètement fait et précédé d’une bonne préface où l'on indiquerait comme quoi l'ouvrage a été fait dans le but de rattacher le public a la tradition, a l’ordre, a la convention