Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/251

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DE GUSTAVE PLAUBERT. 24; seux comme un cure. Je ne suis bon qu’a cheval ou en bateau. Tout travail maintenant m’assomme. ` Je deviens la-dessus tres oriental; il faut esperer ` ~ que je changerai au retour. A propos de curé, puisque ce mot m’est venu au bec (de ma plume), j’en ai diablement vu en Syrie et en Palestine. Nous avons vu des capucins, des carmélites, etc. ' Nous avons étudie de pres cette fameuse question des Druses et des Maronites dont on a fait tant de bruit en France, et qui est bien une des plus belles · ' blagues du monde. Si on en excepte les Laza- ristes, tous ces braves gens d’Eglise sont... Ce n’est pas en Terre Sainte qu’il faut aller pour devenir dévot. ll y a un proverbe arabe qui dit : «Méfie-toi du pèlerin. » II est fort sage, je vous en reponds. Dans le jardin des Oliviers, j’ai vu trois · capucins qui faisaient une petite collation en com- a nie de deux demoiselles dont les tetons blancs brdlaient au soleil. Les bons peres les caressaient avec une satisfaction visible. Au moment ou nous sommes partis, on apportait une bouteille d’eau- de-vie, et les petits verres etaient déjà atteints. Voilà! Je n’en rapporte pas moins une collection ‘ formidable de chapelets pour les bonnes âmes. Tout cela n’empêche pas, mon pauvre vieux, que la Syrie ne soit un crâne pays, et nous avions le cœur gros quand nous sommes partis de Beyrouth. Nous avons vecu la d’une belle vie de vagabond, pendantdeux mois. · ' Il faut vous dire que nous ne portons plus de I chaussettes dans nos bottes. Nous avons reconnu que c’etait une economie de blanchissage et que p ça nous faisait plus frais aux pieds. La saison pour- tant se refroidit. Nous coucl1ons encore a la belle