Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/29

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DE GUSTAVE FLAUBERT. - 23 pas, et ne m’oubliez pas complètement, car moi je pense a vous souvent, tous les jours, et `avoue, sans fierté, que je souH`re a l’idée que dlans ton cœur tu m’accuses. Pourquoi n’avez-vous pas pris ` les choses comme elles devaient être prises, et l’homme, et le milieu ou il se_ trouvait, et toutes les exi ences de sa vie? Mais je ne veux pas vous r faire de reproches. Etiez-vous libre d’aimer au- ` trement? Est-ce qu’on est ce u’on veut? Avons- nous seulement la certitude de nos desirs et de ` nos répulsions? A qui n’est-il pas arrivé de douter de son allection la plus profonde et de se deman- der s'il ne prenait pas le change? Vous avez cru, par exemple, qu’intentionnel— lement je faisais tout ce que `e pouvais pour me détacher de vous et que ma téte exigeait la dépos- session de mon cœur. Eh bien nonl mille Fois nonl Que n'aurais-je as donné, au contraire, ` pour en avoir un à la lhauteur du vôtre! Je me suis montré ce que je suis, fai paru brutal parce que j’ai été Franc, et dur parce que je n’ai pas été hypocrite. Si je vous revois (si vous pensez que cela soit sans danger pour vous), ce ne sera pas un autre homme, mais le même avec ce qu’il avait de bon et de mauvais. Si, au contraire, cette lettre reste · encore sans reponse ce sera donc un adieu, un long adieu comme si l’un était parti pour les lndes et lautre pour l’Amerique, sur deux continents distincts; vous avec beaucoup de choses, moi avec resque rien. Nous penserons sans doute l'un a li autre et nousnous enverrons dans l’âme des sou- haits muets et des tendresses secrètes, et puis ça passera_et nous ensuite. Mais, quand vous aurez _