Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/350

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


3,44 CORRESPONDANCE ' les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée; U un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissam- ment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit; celui-la aime ai rire et se plaît dans les animalités . de Yhomme. l.’Educati0n sentimentale a été, à mon insu, un effort de fusion entre ces deux tendances de mon esprit (il eût été plus facile de faire de l’humain dans un livre et du lyrisme dans un autre). J’ai échoué. Quel ues retouches que l’0n donne ai cette œuvre je (les ferai peut-étre), elle sera toujours défectueuse; il _y manque trop de choses et c’est toujours par l’absence qu'un livre est >_ faible. Une qualité n’est jamais un défaut, il n’y a pas d’excës. Mais si cette qualité en mange une autre, est-elle toujours une qualité? En resumé, il faudrait pour l’Educati0n récrire ou du moins . recaler l’ensemble, refaire deux ou trois chapitres et, ce qui me paraît le plus diflicile de tout, écrire u un chapitre qui manque, ou l'0n montrerait com- ment fatalement le même tronc a dû se bifurquer, _ c’est-a-dire pourquoi telle action a amené ce ré- sultat dans ce personnage plutôt que telle autre. · Les causes sont montrées, les résultats aussi; mais l’enchaînement de la cause ai l’effet ne fest point. Voila le vice du livre, et comment il menta son , · titre. I I Je t’ai dit que l`Educati0n avait été un essai. , · ·· Saint Antoine en est un autre. Prenant un sujet où j’étais entierement libre comme lyrisme, mouve- _ s ‘ ments, désordonnements, je me trouvais alors bien dans ma nature et je n’avais qu’a aller. Jamais je ne retrouverai des éperdûments de style comme î