Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/406

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bien ue ce capitaine! Tu m’as envoyé un morceau de dialogue qui m’a fait un effet analogue à quelques-uns de Moliere; c’était carré et l rique . tout ensemble. Pauvre petite femme! Quelle tristesse ensuite quand elle s’apercevra que son cher ami n’est qu’un sot! Que faurais voulu assister à la visite dans la chambre et voir toutes les cérémonies réciproques! Tu sens bien cela, toi; tu devrais porter ton attention littéraire sur ce genre diaspects humains. Tu as un côté de l’espr1t fin, délié et perspicace, relativement au comique, que tu ne cultives pas assez, de méme qu’un autre, sanguin, gueulard, passionné et débordant quelquefois, aluqluâl il faut mettre un corset et qu’il faut durcir du dedans.

Tu me dis que je t’ai envoyé des réflexions curieuses sur les femmes, et qu’elles sont peu libres d’elles (les femmes). Cela est vrai ;on leur apprend tant à mentir, on leur conte tant de mensonges! Personne ne se trouve jamais à même de leur dire la vérité, et quand on a le malheur d’être sincère, elles s’exaspèrent contre cette étrangeté ! Ce que je leur reproche surtout, c’est leur besoin de poétisation. Un homme aimera sa lingere et il saura qu’elle est bête, qu’il n°en jouira pas moins. Mais si une femme aime un goujat, c’est un génie méconnu, une âme d’élite, etc., si bien que, par cette disposition naturelle à loucher, elles ne voient pas le vrai quand il se rencontre, ni la beauté là ou elle se trouve. Cette infériorité (qui est, au point de vue de l’amour en soi, une supériorité) est la cause des déceptions dont elles se plaignent tant ! Demander des oranges aux pommiers leur est une maladie commune.