Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/47

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ne m’a été renvoyée que hier dans la matinée. Mais, Dieu merci, à la fin de cette semaine nous déménageons ; aussi tu peux m’écrire a Croisset. A propos de lettre il me semblait que je t’avais répondu, relativement a celle de Fougères, que je l’avais reçue; sois sans crainte.

Tant mieux pour toi que l’officiel soit enfin parti. Il y a des gens dont la présence étouffe. . Je suis aise pour toi de ce débarras. Ce ne sont pas en effet les grands malheurs qui sont a craindre dans la vie, mais les petits. J’ai plus peur des piqûres dlépingle que des coupîs de sabre. De méme qu’on n’a pas besoin ai toute eure de dévouernents et de sacrifices, mais qu’il nous faut toujours, de la part d’autrui , des semblants d’amitié et d’affection, des attentions et des manieres enfin. léprouve la vérité de ceci fort cruellement dans ma famille, ou jesubis maintenant tous les embêtements, ‘ toutes les amertumes possibles. Ab! le désert! le désert! une selle turque! un défilé dans la montagne et l’aigle qui crie dans un nuage ! As-tu vu quelquefois en te promenant sous les falaises, appendue au haut d’un rocber, quelque plante svelte et folâtre qui épancbait sur ’abîme sa chevelure remuante? Le vent la secouait comme pour l’enlever, et elle se tendait dans fair comme [pour] partir avec lui. Une seule racine imperceptible la clouait sur la pierre, tandis que tout son être semblait se dilater, s’irradier ai l’entour pour voler au large. Eb bien, que le vent plus fort un jour l’emporte, que deviendra-t-elle ? Le soleil la séchera sur le sable, la pluie la pourrira en lambeaux. Moi aussi je suis attaché et un coin de terre, a un point circonscrit dans le monde, et plus je m’y