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CORRESPONDANCE


DE


GUSTAVE FLAUBERT




185. À LOUISE COLET.

Entièrement inédite.

[Rouen], jeudi soir (sans date).

Si j’étais capable de m’effrayer de quelque chose, j’aurais été épouvanté de la lettre que j’ai reçue ce matin. Il y avait de quoi tuer un homme ; mais, Dieu merci ! en fait de désespoir, j’en suis si trempé que, quelque pénétré que j’aie été par ce nouvel orage, je ne sombre pas encore. Je vais donc tâcher d’être clair une fois pour toutes. Franc, je le suis toujours, et tu ne peux pas m’accuser d’avoir menti ni posé une minute, car dès la première heure, dès le premier mot, j’ai dit tout cela ; dès le baptême, j’ai annoncé l’enterrement.

Tu veux savoir si je t’aime ? Eh bien, autant que je peux aimer, oui ; c’est-à-dire que, pour moi, l’amour n’est pas la première chose de la vie, mais la seconde. C’est un lit ou l’on met son cœur pour le détendre. Or, on ne reste pas couché toute la journée. Toi, tu en fais un tambour pour régler le