Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 3.djvu/65

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· DE GUSTAvE FLAUBERT. 59 - Rien ne lait davantage à certains esprits français, raisonnables, peu ailes, esprits poitrmaires et gilet A de llanelle, que cette régularité tout extérieure qui indigne si fort les gens d'imagination. Le bour- geois se rassure at la vue d'un gendarme et l’b0mme d’esprit se délecte à celle d’un critique; les che- vaux lxongres sont applaudis par les mulets. Donc , de quelle puissance d'embêtement pour nous n’est-il pas armé, le double entraveur qui a, tout à la fois, dans ses attributions, le sabre du gen- darme et les ciseaux du critiquel Au ier, sans doute, croit faire quelque chose de tres bien, acte de oût, rendre des services. La censure, quelle _ quâle soit, me paraît une monstruosité, une chose pire que l'l1omicide ; l’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme. La mort de Socrate pèse _ encore sur la conscience du genre humain, et la malédiction des Juifs n’a peut-être pas cl’autre si- gnification: ils ont crucifié l’l1omme-parole, voulu tuer Dieu. Les républicains, la-dessus, m’ont tou- . · `ours révolté. Pendant dix-huit ans, sous Louis- ` . lbhilippe, de quelles déclamations `vertueuses _ n'a-t-on pas [été] étourdi! Quest-ce qui a jeté les plus lourds sarcasmes et toute l'école romantique, qui ne réclamait en définitive, comme on dirait maintenant, que le libre échange! Ce qu’il y a de comi ue ensuite, ce sont les grands mots : « Mais que dleviendrait la société?» et les comparaisons : «laissez-vous louer les enfants avec des armes et ° feu '? » llsemble à ëes braves gens ue la société . tout entière tienne à deux ou trois câevilles pour- ries et que, si on les_ retire, tout va crouler. Ils la jugent (et cela d’après les vieilles idées) comme un produit factice de l’l1omme, comme une œuvre