Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/263

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DE GUSTAVE FLAUBERT. ` 257 Pauvre Nlarengo! C’est une figure! et que vous devriez faire quelque part. Je me demande ce que seraient ses mémoires, écrits dans ce style- — la. Le mien (de style) continue a me procurer des embétements qui ne sont pas minces. .!’es- père cependant, dans un mois, avoir passé l’en- droit le plus vide! Mais actuellement ie suis perdu Q ' dans un désert. Enfin, a la grâce de Dieu, tant ' pis! Avec quel plaisir fabandonnerai ce genre-la pour n’y plus revenir de mes jours! ‘ Peindre des bourgeois modernes et français me pue au nez étrangement! Et puis, il serait peut—être temps de s’amuser un peu dans l’existence, et de _ prendre des sujets agréables pour hauteur. · J e me suis mal exprimé en vous disant «qu'il ne fallait pas écrire avec son cœur ». .l’ai voulu dire : ne pas mettre sa personnalité en scene. Je crois que le grand Art est scientifique et imper- sonnel. ll f°aut, par un effort d’esprit, se transporter dans les personnages, et non les attirer a soi. Voila du moins la méthode; ce qui arrive a dire :·Tachez d’avoir beaucoup de talent, et même de génie si Q vous pouvez. Quelle vanité que toutes les poéti- ques et toutes les critiques I Et l’apIomb des messieurs qui en font m’épate. Oh! rien ne les gêne, ces cocos—la! Avez-vous remarqué comme il y a dans l'air, quelquefois, des courants diidées communes! Ainsi, je viens de lire, de mon ami Du Camp, son nouveau roman: les Forces perdues. Cela ressemble par bien des côtés a celui que je fais. Cest un livre (le sien) tres naïf et qui donne une idée juste `_ des hommes de notre génération, devenus de vrais fossiles pour les jeunes gens d’aujourd’hui. V- X7