Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/288

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282 CORRESPONDANCE J ’aurais besoin cl’en avoir pour supporter toutes les bêtises que j’entendS dire! Vous n'imaginez pas a quel point on en est. La France, qui a été prise quelquefois de la danse de Saint-Guy (comme sous Charles Vl), me paraît maintenant avoir une paralysie du cerveau. On est idiot de peur: peur de la Prusse, peur des grèves, peur de A I'Exposition qui «ne marche pas», peur e tout. ll faut remonter jusq·u’en 1849 pour trouver un pareil degré de crétinrsme. On a tenu, au dernier Magny, de telles con- versations de portiers, que je me suis juré inté- rieurement de n’y pas remettre les pieds. ll n’a été question tout le temps que de M. de Bismarck et du Luxembourg. J'en suis encore gorgé! Au reste, je ne deviens pas facile à. vivre! Loin de · s’émousser, ma sensi ilité s'aiguise; un tas de choses insignifiantes me font souffrir. Pardonnez- moi cette faiblesse, vous qui étes si forte et si tolérante! Le roman ne marche pas du tout. Je suis plon é dans la lecture des journaux de 48. ll m'a fallu faire (et je n’en ai pas fini) diH·`érentes courses a Sèvres, a Creil, etc. Le père Sainte-Beuve prépare un discours sur la libre pensée, qu'il lira au Sénat, a propos de la loi sur la presse. ll a été très crâne, savez-vous. Vous direz a votre fils Maurice que je l’aime beaucoup, d’abord parce que c'est votre fils et secundo parce que c’est lui. Je le trouve bon, spiri- tuel, lettré, pas poseur, enfin charmant «et du ta.lent».