Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/336

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3 5 0 CORRESPONDANCE Saint-Gratien, qui est un petit coin de ce monde exquis, Princesse, comme tout ce qui vous con- cerne. Je prendrai ma revanche avant l'hiver. J ’irai vous surprendre, à quelque `our, si vous le per- mettez. On est toujours sûr de trouver votre per- sonne et votre affection. Je me suis présenté chez Sainte-Beuve la veille de son départ; une de ses odalisques m'a répondu qu'il dormait. Je l’ai laissé continuer son·somme, et ne l’ai pas vu, par consé- quent. Je n’ai pas de nouvelles des de Goncourt qui sont a Trouville. Ceux-là m'inquiètent aussi. Je ne les crois pas solides. Je partage entierement le dé oût que vous inspire la vue du monde dans les viâes d' eaux. ll arrive une époque ou la Banalité vo us horripile, et ou la Bêtise vous exaspère. C’est alors qu’on se rejette, avec égoïsme, sur les rares personnes qui en sont exem(ptes. Tout en lisant, je manie le petit couteau in ien que vous m'avez donné, et quand je lève les yeux je vois votre grande aquarelle. Quoique je n'aie pas besoin de souvenirs pour songer a vous, Princesse, je réclame humblement, néanmoins, un certain portrait, une certaine gravure dont il était question, l'autre jour, chez vous. A ce moment-la, nous étions assis par terre sur les marches de votre escalier, a vos pieds; c'est la place naturelle de ceux qui vous connaissent. Je m’y remets et j’y reste. Car je suis, Princesse, tout a vous. G. FLAUBERT.