Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale (1891).djvu/76

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— « Tais-toi donc ! » s’écria Frédéric en levant le poing.

Il reprit doucement :

— « C’est un sujet qui m’est pénible, tu sais bien. »

— « Oh ! pardon, mon bonhomme », répliqua Deslauriers en s’inclinant très bas, « on respectera désormais les nerfs de Mademoiselle ! Pardon encore une fois. Mille excuses ! »

Ainsi fut terminée la plaisanterie.

Mais, trois semaines après, un soir, il lui dit :

— « Eh bien, je l’ai vue tantôt, Mme Arnoux ! »

— « Où donc ? »

— « Au Palais, avec Balandard, avoué ; une femme brune, n’est-ce pas, de taille moyenne ? »

Frédéric fit un signe d’assentiment. Il attendait que Deslauriers parlât. Au moindre mot d’admiration, il se serait épanché largement, était tout prêt à le chérir ; l’autre se taisait toujours ; enfin, n’y tenant plus, il lui demanda d’un air indifférent ce qu’il pensait d’elle.

Deslauriers la trouvait « pas mal, sans avoir pourtant rien d’extraordinaire. »

— « Ah ! tu trouves », dit Frédéric.

Arriva le mois d’août, époque de son deuxième examen. D’après l’opinion courante, quinze jours devaient suffire pour en préparer les matières. Frédéric, ne doutant pas de ses forces, avala d’emblée les quatre premiers livres du Code de procédure, les trois premiers du Code pénal, plusieurs morceaux d’instruction criminelle et une partie du Code civil, avec les annotations de M. Poncelet. La veille, Deslauriers lui fit faire une récapitulation qui se prolongea jusqu’au matin ; et, pour mettre à profit le dernier quart d’heure, il continua à l’interroger sur le trottoir, tout en marchant.

Comme plusieurs examens se passaient simultanément, il y avait beaucoup de monde dans la cour, entre autres Hussonnet et Cisy ; on ne manquait pas de venir à ces épreuves quand il s’agissait des camarades. Fré-