Page:Flaubert - Salammbô.djvu/151

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nial politique les avait tout à l’heure obligés ; et bien qu’ils eussent souhaité le retour d’Hamilcar, ils s’indignaient maintenant de ce qu’il n’avait point prévenu leurs désastres ou plutôt ne les avait pas subis comme eux.

Quand le tumulte fut calmé, le pontife de Moloch se leva.

— Nous te demandons pourquoi tu n’es pas revenu à Carthage ?

— Que vous importe ! répondit dédaigneusement le Suffète.

Leurs cris redoublèrent.

— De quoi m’accusez-vous ! J’ai mal conduit la guerre, peut-être ? Vous avez vu l’ordonnance de mes batailles, vous autres qui laissez commodément à des Barbares…

— Assez, assez !

Il reprit, d’une voix basse, pour se faire mieux écouter :

— Oh ! cela est vrai ! Je me trouve, lumières des Baals ; il en est parmi vous d’intrépides ! Giscon, lève-toi !

Et parcourant la marche de l’autel, les paupières à demi fermées, comme pour chercher quelqu’un, il répéta :

— Lève-toi Giscon ! tu peux m’accuser, ils te défendront ! Mais où est-il ?

Puis, comme se ravisant :

— Ah ! dans sa maison, sans doute ? entouré de ses fils, commandant à ses esclaves, heureux, et comptant sur le mur les colliers d’honneur que la patrie lui a donnés ?

Ils s’agitaient avec des haussements d’épaules, comme flagellés par des lanières.