Page:Flaubert - Salammbô.djvu/166

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Hamilcar baissa la tête, lentement.

Bien qu’elle voulût s’accuser, elle n’osait ouvrir les lèvres ; cependant elle étouffait du besoin de se plaindre et d’être consolée. Hamilcar combattait l’envie de rompre son serment. Il le tenait par orgueil, ou par crainte d’en finir avec son incertitude : et il la regardait en face, de toutes ses forces, pour saisir ce qu’elle cachait au fond de son cœur.

Peu à peu, en haletant, Salammbô s’enfonçait la tête dans les épaules, écrasée par ce regard trop lourd. Il était sûr maintenant qu’elle avait failli dans l’étreinte d’un Barbare ; il frémissait, il leva ses deux poings. Elle poussa un cri et tomba entre ses femmes, qui s’empressèrent autour d’elle.

Hamilcar tourna les talons. Tous les intendants le suivirent.

On ouvrit les portes des entrepôts, et il entra dans une vaste salle ronde où aboutissaient, comme les rayons d’une roue à son moyeu, de longs couloirs qui conduisaient vers d’autres salles. Un disque de pierre s’élevait au centre avec des balustres pour soutenir des coussins accumulés sur des tapis.

Le Suffète se promena d’abord à grands pas rapides ; : il respirait bruyamment, il frappait la terre du talon, il se passait la main sur le front comme un homme harcelé par les mouches. Mais il secoua la tête, et, en apercevant l’accumulation des richesses, il se calma ; : sa pensée, qu’attiraient les perspectives des couloirs, se répandait dans les autres salles pleines de trésors plus rares. Des plaques de bronze, des lingots d’argent et