Page:Flaubert - Salammbô.djvu/191

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cents gardes qui restaient de la Légion, couverts par des lames de bronze vermeil, comme les Clinabares assyriens. Il avait de plus quatre cents archers à cheval, de ceux qu’on appelait des Tarentins, avec des bonnets en peau de belette, une hache à double tranchant et une tunique de cuir. Enfin douze cents Nègres du quartier des caravanes, mêlés aux Clinabares, devaient courir auprès des étalons, en s’appuyant d’une main sur la crinière. Tout était prêt, et cependant Hamilcar ne partait pas.

Souvent la nuit il sortait de Carthage, seul, et il s’enfonçait plus loin que la lagune, vers les embouchures du Macar. Voulait-il se joindre aux Mercenaires ? Les Ligures campant sur les Mappales entouraient sa maison.

Les appréhensions des Riches parurent justifiées quand on vit, un jour, trois cents Barbares s’approcher des murs. Le Suffète leur ouvrit les portes ; c’étaient des transfuges ; ils accouraient vers leur maître, entraînés par la crainte ou par la fidélité.

Le retour d’Hamilcar n’avait point surpris les Mercenaires ; cet homme, dans leurs idées, ne pouvait pas mourir. Il revenait pour accomplir ses promesses : espérance qui n’avait rien d’absurde tant l’abîme était profond entre la Patrie et l’Armée. D’ailleurs, ils ne se croyaient point coupables ; on avait oublié le festin.

Les espions qu’ils surprirent les détrompèrent. Ce fut un triomphe pour les acharnés ; les tièdes même devinrent furieux. Puis les deux sièges les accablaient d’ennui ; rien n’avançait ; mieux valait une bataille ! Aussi beaucoup d’hommes se déban-