Page:Flaubert - Salammbô.djvu/192

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daient, couraient la campagne. À la nouvelle des armements ils revinrent ; Mâtho en bondit de joie.

— Enfin ! enfin ! » s’écria-t-il.

Le ressentiment qu’il gardait à Salammbô se tourna contre Hamilcar. Sa haine, maintenant, apercevait une proie déterminée ; et comme la vengeance devenait plus facile à concevoir, il croyait presque la tenir et déjà s’y délectait. En même temps il était pris d’une tendresse plus haute, dévoré par un désir plus âcre. Tour à tour il se voyait au milieu des soldats, brandissant sur une pique la tête du Suffète, puis dans la chambre au lit de pourpre, serrant la vierge entre ses bras, couvrant sa figure de baisers, passant ses mains sur ses grands cheveux noirs ; et cette imagination qu’il savait irréalisable le suppliciait. Il se jura, puisque ses compagnons l’avaient nommé schalischim, de conduire la guerre ; la certitude qu’il n’en reviendrait pas le poussait à la rendre impitoyable.

Il arriva chez Spendius, et lui dit :

— Tu vas prendre tes hommes ! J’amènerai les miens. Avertis Autharite ! Nous sommes perdus si Hamilcar nous attaque ! M’entends-tu ? Lève-toi !

Spendius demeura stupéfait devant cet air d’autorité. Mâtho, d’habitude, se laissait conduire, et les emportements qu’il avait eus étaient vite retombés. Mais à présent il semblait tout à la fois plus calme et plus terrible ; une volonté superbe fulgurait dans ses yeux, pareille à la flamme d’un sacrifice.

Le Grec n’écouta pas ses raisons. Il habitait une des tentes carthaginoises à bordures de perles,