Page:Flaubert - Salammbô.djvu/223

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lequel on planta des pieux aigus qui s’entrelaçaient, et, au soleil levant, les Mercenaires furent ébahis d’apercevoir tous les Carthaginois ainsi retranchés comme dans une forteresse.

Ils reconnaissaient au milieu des tentes Hamilcar qui se promenait en distribuant des ordres. Il avait le corps pris dans une cuirasse brune tailladée en petites écailles ; et, suivi de son cheval, de temps en temps il s’arrêtait pour désigner quelque chose de son bras droit étendu.

Alors plus d’un se rappela des matinées pareilles, quand, au fracas des clairons, il passait devant eux lentement, et que ses regards les fortifiaient comme des coupes de vin. Une sorte d’attendrissement les saisit. Ceux, au contraire, qui ne connaissaient pas Hamilcar, dans leur joie de le tenir, déliraient.

Cependant, si tous attaquaient à la fois, on se nuirait mutuellement dans l’espace trop étroit. Les Numides pouvaient se lancer au travers ; mais les Clinabares défendus par des cuirasses les écraseraient ; puis comment franchir les palissades ? Quant aux éléphants, ils n’étaient pas suffisamment instruits.

— Vous êtes tous des lâches ! s’écria Mâtho.

Et, avec les meilleurs, il se précipita contre le retranchement. Une volée de pierres les repoussa ; car le Suffète avait pris sur le pont leurs catapultes abandonnées.

Cet insuccès fit tourner brusquement l’esprit mobile des Barbares. L’excès de leur bravoure disparut ; ils voulaient vaincre, mais en se risquant le moins possible. D’après Spendius, il fallait garder soigneusement la position que l’on avait