Page:Flaubert - Salammbô.djvu/222

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C’était l’armée de Spendius ; car des Campaniens et des Grecs, par exécration de Carthage, avaient pris les enseignes de Rome. En même temps, sur la gauche, apparurent de longues piques, des boucliers en peau de léopard, des cuirasses de lin, des épaules nues.

C’étaient les Ibériens de Mâtho, les Lusitaniens, les Baléares, les Gétules ; on entendit le hennissement des chevaux de Narr’Havas ; ils se répandirent autour de la colline ; puis arriva la vague cohue que commandait Autharite ; les Gaulois, les Libyens, les Nomades ; et l’on reconnaissait au milieu d’eux les Mangeurs de choses immondes aux arêtes de poisson qu’ils portaient dans la chevelure.

Ainsi les Barbares, combinant exactement leurs marches, s’étaient rejoints. Mais, surpris eux-mêmes, ils restèrent quelques minutes immobiles et se consultant.

Le Suffète avait tassé ses hommes en une masse orbiculaire, de façon à offrir partout une résistance égale. Les hauts boucliers pointus, fichés dans le gazon les uns près des autres, entouraient l’infanterie. Les Clinabares se tenaient en dehors, et plus loin, de place en place, les éléphants. Les Mercenaires étaient harassés de fatigue ; il valait mieux attendre jusqu’au jour ; et, certains de leur victoire, les Barbares, pendant toute la nuit, s’occupèrent à manger.

Ils avaient allumé de grands feux clairs qui, en les éblouissant, laissaient dans l’ombre l’armée punique au-dessous d’eux. Hamilcar fit creuser autour de son camp, comme les Romains, un fossé large de quinze pas, profond de six coudées ; avec la terre exhausser à l’intérieur un parapet sur