Page:Flaubert - Salammbô.djvu/257

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de la terrasse, il considérait cette forme vague se dressant comme un fantôme dans les pénombres du soir.

Enfin elle lui dit :

— Mène-moi dans ta tente ! Je le veux !

Un souvenir qu’il ne pouvait préciser lui traversa la mémoire. Il sentait battre son cœur. Cet air de commandement l’intimidait.

— Suis-moi, dit-il.

La barrière s’abaissa ; aussitôt elle fut dans le camp des Barbares.

Un grand tumulte et une grande foule l’emplissaient. Des feux clairs brûlaient sous des marmites suspendues ; et leurs reflets empourprés, illuminant certaines places, en laissaient d’autres dans les ténèbres, complètement. On criait, on appelait ; des chevaux attachés à des entraves formaient de longues lignes droites au milieu des tentes ; elles étaient rondes, carrées, de cuir ou de toile ; il y avait des huttes en roseaux et des trous dans le sable comme en font les chiens. Les soldats charriaient des fascines, s’accoudaient par terre, ou, s’enroulant dans une natte, se disposaient à dormir ; et le cheval de Salammbô, pour passer par-dessus, quelquefois allongeait une jambe et sautait.

Elle se rappelait les avoir déjà vus ; mais leurs barbes étaient plus longues, leurs figures encore plus noires, leurs voix plus rauques. Mâtho, en marchant devant elle, les écartait par un geste de son bras qui soulevait son manteau rouge. Quelques-uns baisaient ses mains ; d’autres, en pliant l’échine, l’abordaient pour lui demander des ordres ; car il était maintenant le véritable, le seul