Page:Flaubert - Salammbô.djvu/256

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Ils remontèrent encore pendant deux heures dans la direction de l’Occident, et, tout à coup, devant eux, ils aperçurent quantité de petites flammes.

Elles brillaient au fond d’un amphithéâtre. Çà et là des plaques d’or miroitaient, en se déplaçant. C’étaient les cuirasses des Clinabares, le camp punique ; puis ils distinguèrent aux alentours d’autres lueurs plus nombreuses, car les armées des Mercenaires, confondues maintenant, s’étendaient sur un grand espace.

Salammbô fit un mouvement pour s’avancer. Mais l’homme de Schahabarim l’entraîna plus loin, et ils longèrent la terrasse qui fermait le camp des Barbares. Une brèche s’y ouvrait, l’esclave disparut.

Au sommet du retranchement, une sentinelle se promenait avec un arc à la main et une pique sur l’épaule.

Salammbô se rapprochait toujours ; le Barbare s’agenouilla, et une longue flèche vint percer le bas de son manteau. Puis, comme elle restait immobile, en criant, il lui demanda ce qu’elle voulait.

— Parler à Mâtho, répondit-elle. Je suis un transfuge de Carthage.

Il poussa un sifflement, qui se répéta de loin en loin.

Salammbô attendit ; son cheval, effrayé, tournoyait en reniflant.

Quand Mâtho arriva, la lune se levait derrière elle. Mais elle avait sur le visage un voile jaune à fleurs noires et tant de draperies autour du corps qu’il était impossible d’en rien deviner. Du haut