Page:Flaubert - Salammbô.djvu/29

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derrière eux, le peuple ne descendit pas des murs ; l’armée se répandit bientôt sur la largeur de l’isthme.

Elle se divisait par masses inégales. Puis les lances apparurent comme de hauts brins d’herbe, enfin tout se perdit dans une traînée de poussière ; ceux des soldats qui se retournaient vers Carthage, n’apercevaient plus que ses longues murailles, découpant au bord du ciel leurs créneaux vides.

Les Barbares entendirent un grand cri. Ils crurent que quelques-uns d’entre eux, restés dans la ville (car ils ne savaient pas leur nombre), s’amusaient à piller un temple. Ils rirent beaucoup à cette idée, puis continuèrent leur chemin.

Ils étaient joyeux de se retrouver, comme autrefois, marchant tous ensemble dans la pleine campagne ; et des Grecs chantaient la vieille chanson des Mamertins :

— Avec ma lance et mon épée, je laboure et je moissonne ; c’est moi qui suis le maître de la maison ! L’homme désarmé tombe à mes genoux et m’appelle Seigneur et Grand-Roi.

Ils criaient, sautaient, les plus gais commençaient des histoires ; le temps des misères était fini. En arrivant à Tunis, quelques-uns remarquèrent qu’il manquait une troupe de frondeurs baléares. Ils n’étaient pas loin, sans doute : on n’y pensa plus.

Les uns allèrent loger dans les maisons, les autres campèrent au pied des murs, et les gens de la ville vinrent causer avec les soldats.

Pendant toute la nuit, on aperçut des feux qui brûlaient à l’horizon, du côté de Carthage ; ces