Page:Flaubert - Salammbô.djvu/30

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lueurs, comme des torches géantes, s’allongeaient sur le lac immobile. Personne, dans l’armée, ne pouvait dire quelle fête on célébrait.

Les Barbares, le lendemain, traversèrent une campagne toute couverte de cultures. Les métairies des patriciens se succédaient sur le bord de la route ; des rigoles coulaient dans des bois de palmiers ; les oliviers faisaient de longues lignes vertes ; des vapeurs roses flottaient dans les gorges des collines ; des montagnes bleues se dressaient par-derrière. Un vent chaud soufflait. Des caméléons rampaient sur les feuilles larges des cactus.

Les Barbares se ralentirent.

Ils s’en allaient par détachements isolés, ou se traînaient les uns après les autres à de longs intervalles. Ils mangeaient des raisins au bord des vignes. Ils se couchaient dans les herbes, et ils regardaient avec stupéfaction les grandes cornes des bœufs artificiellement tordues, les brebis revêtues de peaux pour protéger leur laine, les sillons qui s’entre-croisaient de manière à former des losanges, et les socs de charrues pareils à des ancres de navires, avec les grenadiers que l’on arrosait de silphium. Cette opulence de la terre et ces inventions de la sagesse les éblouissaient.

Le soir, ils s’étendirent sur les tentes sans les déplier ; et, tout en s’endormant la figure aux étoiles, ils regrettaient le festin d’Hamilcar.

Au milieu du jour suivant, on fit halte sur le bord d’une rivière, dans des touffes de lauriers-roses. Ils jetèrent vite leurs lances, leurs boucliers, leurs ceintures. Ils se lavaient en criant, ils pui-