Page:Flaubert - Salammbô.djvu/290

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et la pusillanimité des autres, avant le délai prescrit, une armée de cinq mille hommes fut prête.

Elle gagna promptement Utique pour appuyer le Suffète sur ses derrières, tandis que trois mille des plus considérables montèrent sur des vaisseaux qui devaient les débarquer à Hippo-Zaryte, d’où ils repousseraient les Barbares.

Hannon en avait accepté le commandement ; mais il confia l’armée à son lieutenant Magdassan, afin de conduire les troupes de débarquement lui-même, car il ne pouvait plus endurer les secousses de la litière. Son mal, en rongeant ses lèvres et ses narines, avait creusé dans sa face un large trou ; à dix pas, on lui voyait le fond de sa gorge, et il se savait tellement hideux qu’il se mettait, comme une femme, un voile sur la tête.

Hippo-Zaryte n’écouta point ses sommations, ni celles des Barbares non plus ; mais chaque matin les habitants leur descendaient des vivres dans des corbeilles, et, en criant du haut des tours, ils s’excusaient sur les exigences de la République et les conjuraient de s’éloigner. Ils adressaient par signes les mêmes protestations aux Carthaginois qui stationnaient dans la mer.

Hannon se contentait de bloquer le port sans risquer une attaque. Cependant, il persuada aux juges d’Hippo-Zaryte de recevoir chez eux trois cents soldats. Puis il s’en alla vers le cap des Raisins et il fit un long détour afin de cerner les Barbares, opération inopportune et même dangereuse. Sa jalousie l’empêchait de secourir le Suffète ; il arrêtait ses espions, le gênait dans tous ses plans, compromettait l’entreprise. Hamilcar