Page:Flaubert - Salammbô.djvu/296

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jalousaient sa puissance, ou qui convoitaient sa richesse. Les plus braves s’étaient joints bien vite aux Mercenaires. La défaite du Macar avait arrêté tous les autres. Enfin, ils avaient repris confiance, peu à peu s’étaient avancés, rapprochés ; et maintenant, les hommes des régions orientales se tenaient dans les dunes de Clypea, de l’autre côté du golfe. Dès qu’ils aperçurent les Barbares, ils se montrèrent.

Ce n’étaient pas les Libyens des environs de Carthage ; depuis longtemps, ils composaient la troisième armée ; mais les nomades du plateau de Barca, les bandits du cap Phiscus et du promontoire de Derné, ceux du Phazzana et de la Marmarique. Ils avaient traversé le désert en buvant aux puits saumâtres maçonnés avec des ossements de chameau ; les Zuaèces, couverts de plumes d’autruche, étaient venus sur des quadriges ; les Garamantes, masqués d’un voile noir, assis en arrière sur leurs cavales peintes ; d’autres sur des ânes, sur des onagres, sur des zèbres, sur des buffles ; et quelques-uns traînaient avec leurs familles et leurs idoles le toit de leur cabane en forme de chaloupe. Il y avait des Ammoniens aux membres ridés par l’eau chaude des fontaines ; des Atarantes, qui maudissent le soleil ; des Troglodytes, qui enterrent en riant leurs morts sous des branches d’arbres ; et les hideux Auséens, qui mangent des sauterelles ; les Adhyrmachides, qui mangent des poux, et les Gysantes, peints de vermillon, qui mangent des singes.

Tous s’étaient rangés sur le bord de la mer, en une grande ligne droite. Ils s’avancèrent ensuite comme des tourbillons de sable soulevés par le