Page:Flaubert - Salammbô.djvu/314

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Enfin, tous reconnurent que la ville était imprenable, tant que l’on n’aurait pas élevé jusqu’à la hauteur des murailles une longue terrasse qui permettrait de combattre sur le même niveau, on en paverait le sommet pour faire rouler dessus les machines. Alors, il serait bien impossible à Carthage de résister.

Elle commençait à souffrir de la soif. L’eau, qui valait au début du siège deux késitah le bât, se vendait maintenant un shekel d’argent ; les provisions de viande et de blé s’épuisaient aussi ; on avait peur de la faim ; quelques-uns même parlaient de bouches inutiles, ce qui effrayait tout le monde.

Depuis la place de Khamon jusqu’au temple de Melkarth, des cadavres encombraient les rues ; et, comme on était à la fin de l’été, de grosses mouches noires harcelaient les combattants. Des vieillards transportaient les blessés, et les gens dévots continuaient les funérailles fictives de leurs proches et de leurs amis, défunts au loin pendant la guerre. Des statues de cire avec des cheveux et des vêtements s’étalaient en travers des portes. Elles se fondaient à la chaleur des cierges brûlant près d’elles ; la peinture coulait sur leurs épaules, et des pleurs ruisselaient sur la face des vivants, qui psalmodiaient à côté des chansons lugubres.

La foule, pendant ce temps-là, courait ; des bandes armées passaient ; les capitaines criaient des ordres, et l’on entendait toujours le heurt des béliers.

La température devint si lourde que les corps, se gonflant, ne pouvaient plus entrer dans les