Page:Flaubert - Salammbô.djvu/316

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d’entre eux se hasardait à sortir, le grand-prêtre Schahabarim.

Il venait chez Salammbô. Mais il restait tout silencieux, la contemplant les prunelles fixes, ou bien il prodiguait les paroles, et les reproches qu’il lui faisait étaient plus durs que jamais.

Par une contradiction inconcevable, il ne pardonnait pas à la jeune fille d’avoir suivi ses ordres ; Schahabarim avait tout deviné, et l’obsession de cette idée avivait les jalousies de son impuissance. Il l’accusait d’être la cause de la guerre. Mâtho, à l’en croire, assiégeait Carthage pour reprendre le zaïmph ; et il déversait des imprécations et des ironies sur ce Barbare, qui prétendait posséder des choses saintes. Ce n’était pas cela pourtant que le prêtre voulait dire.

Salammbô n’éprouvait pour lui aucune terreur. Les angoisses dont elle souffrait autrefois l’avaient abandonnée. Une tranquillité singulière l’occupait. Ses regards, moins errants, brillaient d’une flamme limpide.

Le python était redevenu malade ; et, comme Salammbô paraissait au contraire se guérir, la vieille Taanach s’en réjouissait, convaincue qu’il prenait par ce dépérissement la langueur de sa maîtresse.

Un matin, elle le trouva derrière le lit de peaux de bœuf, tout enroulé sur lui-même, plus froid qu’un marbre, et la tête disparaissant sous un amas de vers. À ses cris, Salammbô survint. Elle le retourna quelque temps avec le bout de sa sandale, et l’esclave fut ébahie de son insensibilité.

La fille d’Hamilcar ne prolongeait plus ses jeûnes avec tant de ferveur. Elle passait des jour-