Page:Flaubert - Salammbô.djvu/326

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les Barbares avaient saccagé sous les Catacombes le vieux cimetière des autochtones, ils lançaient sur les Carthaginois des dalles de tombeaux. Sous le poids des corbeilles trop lourdes, quelquefois les câbles se coupaient, et des masses d’hommes, tous levant les bras, tombaient du haut des airs.

Jusqu’au milieu du jour, les vétérans des hoplites s’étaient acharnés contre la Tænia pour pénétrer dans le port et détruire la flotte. Hamilcar fit allumer sur la toiture de Khamon un feu de paille humide ; et la fumée les aveuglant, ils se rabattirent à gauche et vinrent augmenter l’horrible cohue qui se poussait dans Malqua. Des syntagmes, composés d’hommes robustes, choisis tout exprès, avaient enfoncé trois portes. De hauts barrages, faits avec des planches garnies de clous, les arrêtèrent ; une quatrième céda facilement ; ils s’élancèrent par-dessus en courant, et roulèrent dans une fosse où l’on avait caché des pièges. À l’angle sud-est, Autharite et ses hommes abattirent le rempart, dont la fissure était bouchée avec des briques. Le terrain par-derrière montait ; ils le gravirent lestement. Mais ils trouvèrent en haut une seconde muraille, composée de pierres et de longues poutres étendues tout à plat et qui alternaient comme les pièces d’un échiquier. C’était une mode gauloise adaptée par le Suffète au besoin de la situation ; les Gaulois se crurent devant une ville de leur pays. Ils attaquèrent avec mollesse et furent repoussés.

Depuis la rue de Khamon jusqu’au Marché-aux-herbes, tout le chemin de ronde appartenait maintenant aux Barbares, et les Samnites achevaient à coups d’épieux les moribonds ; ou bien,