Page:Flaubert - Salammbô.djvu/327

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un pied sur le mur, ils contemplaient en bas, sous eux, les ruines fumantes, et au loin la bataille qui recommençait.

Les frondeurs, distribués par-derrière, tiraient toujours. Mais à force d’avoir servi, le ressort des frondes acarnaniennes était brisé, et plusieurs, comme des pâtres, envoyaient des cailloux avec la main : les autres lançaient des boules de plomb avec le manche d’un fouet. Zarxas, les épaules couvertes de ses longs cheveux noirs, se portait partout en bondissant et entraînait les Baléares. Deux panetières étaient suspendues à ses hanches ; il y plongeait continuellement la main gauche et son bras droit tournoyait, comme la roue d’un char.

Mâtho s’était d’abord retenu de combattre pour mieux commander tous les Barbares à la fois. On l’avait vu le long du golfe avec les Mercenaires, près de la lagune avec les Numides, sur les bords du lac entre les Nègres ; et du fond de la plaine il poussait les masses de soldats qui arrivaient incessamment contre les lignes de fortifications. Peu à peu il s’était rapproché ; l’odeur du sang, le spectacle du carnage et le vacarme des clairons avaient fini par lui faire bondir le cœur. Alors il était rentré dans sa tente, et, jetant sa cuirasse, avait pris sa peau de lion, plus commode pour la bataille. Le mufle s’adaptait sur la tête en bordant le visage d’un cercle de crocs ; les deux pattes antérieures se croisaient sur la poitrine, et celles de derrière avançaient leurs ongles jusqu’au bas de ses genoux.

Il avait gardé son fort ceinturon, où luisait une hache à double tranchant, et avec sa grande épée