Page:Flaubert - Salammbô.djvu/332

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Cependant, les Carthaginois, que la soif dévorait, s’étaient précipités vers les citernes. Ils en rompirent les portes. Une flaque bourbeuse s’étalait au fond.

Que devenir à présent ? D’ailleurs les Barbares étaient innombrables, et, leur fatigue passée, ils recommenceraient.

Le peuple, toute la nuit, délibéra par sections, au coin des rues. Les uns disaient qu’il fallait renvoyer les femmes, les malades et les vieillards ; d’autres proposèrent d’abandonner la ville pour s’établir au loin dans une colonie. Mais les vaisseaux manquaient, et le soleil parut qu’on n’avait rien décidé.

On ne se battit point ce jour-là, tous étant trop accablés. Les gens qui dormaient avaient l’air de cadavres.

Alors les Carthaginois, en réfléchissant sur la cause de leurs désastres, se rappelèrent qu’ils n’avaient point expédié en Phénicie l’offrande annuelle due à Melkarth-Tyrien ; et une immense terreur les prit. Les dieux, indignés contre la République, allaient sans doute poursuivre leur vengeance.

On les considérait comme des maîtres cruels, que l’on apaisait avec des supplications et qui se laissaient corrompre à force de présents. Tous étaient faibles près de Moloch le dévorateur. L’existence, la chair même des hommes lui appartenaient ; aussi, pour la sauver, les Carthaginois avaient coutume de lui en offrir une portion qui calmait sa fureur. On brûlait les enfants au front ou à la nuque avec des mèches de laine ; et cette façon de satisfaire le Baal rapportant aux prêtres beaucoup d’argent, ils ne manquaient pas de la